Dossiers et articles sur l'astrologie


 Images de l'invisible (de LeGwen P.) 1998
Sommaire du document :
 
J’espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de vous exposer un autre sujet que celui prévu au programme, car malgré tous mes efforts de concentration, je n’ai pu m’empêcher de chasser de mon esprit cette phrase qui revenait avec insistance et dont j’ai oublié l’auteur : « L’art ne montre pas le visible mais rend visible l'invisible ». Comme une ritournelle obsédante, je n’ai pu me soustraire au pouvoir magique de ces quelques mots : « L’art ne montre pas le visible mais rend visible l'invisible ». Et puisqu’il est question de visible, il m’a paru intéressant de tenter une mise en lumière des rapports obscurs qu’entretient l’astrologie avec l’imagerie artistique. Tentative que je vais mener sous forme de commentaires astrologiques sur des œuvres picturales ou photographiques.

D’après le Petit Robert une acception du verbe rendre signifie « faire passer d'un état à un autre », ce qui suggère que l’art aurait une fonction transformatrice. « Rendre visible » pourrait, selon ce point de vue, être mis en rapport avec la fonction Jupitérienne ou Uranienne du R.E.T. C’est-à-dire toute fonction élaborant du visible à partir d’un niveau de réalité empirique ou expérimentale (pour Jupiter) ou d’un niveau de réalité non immédiat et non manifeste (pour Uranus) >Cliquez ici
 
 
D’essence plus mystérieuse que concrète l’art procéderait davantage de la fonction uranienne que jupitérienne, ou alors il serait comparable à n’importe quel relevé topographique.

Puisant ses informations dans une invisible et mystérieuse dimension plutonienne l’art emprunterait les chemins privilégiés de la fonction Uranienne pour traduire l’invisible en lumineuses esquisses. Peut-être, mais ce serait sous valoriser les voies symétriques de la fonction Mercurienne qui sont celles de la désacralisation et de l’interrogation. A ce titre, lorsqu’on jette un regard rapide sur la production artistique, on retrouve ce balancement du pendule Uranus-Mercure. Aux œuvres qui prennent leurs sources dans une mystérieuse origine et qui accouchent de nouvelles représentations, répondent celles, plus libres, qui questionnent le visible de l’art. En le renvoyant parfois aux limbes hypothétiques de son origine ou en en montrant tout simplement les limites.

Le XXe siècle est riche d’expériences où l’œuvre est tellement questionnée, la vision de l’artiste tellement distanciée que l’Art se met à douter de lui même ( >Cliquez ici). Le mouvement Dada des années 20 et le Pop Art qui lui succède dans les années 50, par exemple, vont en quelque sorte désacraliser l’art, mais le rendre aussi plus prosaïque en le rapprochant du quotidien. Selon un spécialiste du Pop Art, des artistes tels Richard Hamilton ou Paolozzi « ironiseront sur la société de consommation, sur la disponibilité totale des produits et des images » ( >Cliquez ici) et joueront « avec les valeurs et les vérités de ce que l’image médiatique tient pour acquises ». ( >Cliquez ici)

A la lueur de ces premières considérations, on pourrait être tenté de diviser les artistes en deux grandes catégories, l’une réunissant ceux qui montrent le visible, en jouent et le questionnent, l’autre, réunissant ceux qui font émerger de nouvelles représentations de la nuit de leurs inspirations. Ces derniers incarneraient d’ailleurs l’image mythique de l’artiste telle que nous l’a léguée la Renaissance. Dans notre jargon planétaire, la première catégorie serait en affinité avec la fonction Mercurienne et plus généralement avec la famille « Grand R » ou pouvoir de l’image, et la deuxième avec la fonction uranienne ou plus généralement avec le « grand T » ou pouvoir de l’invisible.( >Cliquez ici)

Dans la Famille « Grand T », nous pourrions y mettre, pêle-mêle, nombre de surréalistes, Dali, Magritte, Man Ray, des beaucoup classiques aussi : Léonard de Vinci, Durër, dans quelques œuvres isolées : Apparition céleste ( >Cliquez ici) ou Vision de rêve ( >Cliquez ici). Et beaucoup d’autres.

Plus près de nous, Man Ray, indissociable du surréalisme, utilisera de façon non conventionnelle la photographie pour faire surgir par le biais de manipulation chimique ou optique des images étranges à forte charge subjective ou onirique. Pour Man Ray la photographie deviendra révélatrice de « modèle purement intérieur » (Portrait, 1920 >Cliquez ici, Larmes, vers 1930 >Cliquez ici).
Les surréalistes feront un plein emploi de procédés mécaniques qui leurs permettront d’accréditer et objectiver en quelque sorte la subjectivité de leurs visions.

Dans la famille « Grand R », plusieurs sous catégories sont possibles :

  • celle des artistes confirmant en usant voire abusant des signes de l’art, les officielles et les pompiers. Dans notre jargon, toutes formes d’expression en rapport avec le maintien des modèles. On aura reconnu la formule Représentation de représentation de la fonction Solaire ;
  • autre sous catégorie possible, celle des artistes qui usent, s’amusent (avec ou sans muses) des signes de l’art. Ceux qui en multiplient les expressions jusqu’à l’absurde, jusqu’au non sens. On aura reconnu la formule Transcendance de la représentation de la fonction Mercurienne déjà évoquée.

    En fait, pour chaque fonction planétaire, il est possible d’associer des modes d’expression artistique. Avec le risque toutefois de tomber dans un systématisme que j’éviterai en reprenant notre balade commentée dans le visible de l’art.
    Ce qui me semble surtout intéressant c’est d’essayer de comprendre la façon dont peut s’incarner une fonction planétaire ou zodiacale dans le processus qui conduit l’artiste à rendre visible ou montrer le visible. Je vais donc continuer à vous projeter quelques œuvres, d’artistes connus, en tentant un commentaire astrologiquement pertinent. Ce qui pourrait montrer que le terrain privilégié de l’influence astrologique n’est pas seulement le psychologique ou l’événementiel, mais aussi la vie de l’esprit dans ses formes les plus variées.
  •  
     Visite guidée
     
     VASARELY
    Pour commencer, un Bélier s’imposait ( >Cliquez ici). « Vasarely (Victor, né le 9 avril 1908 à Pécs - Hongrie) s’est avant tout intéressé aux effets optiques et de structure, à leur réduction à une sorte de commune mesure traduisible en noir et blanc ». Ses procédés reposent essentiellement sur le choc visuel. Choc obtenu, de l’avis d’un spécialiste, en « accroissant les oppositions lumineuses, les stimulants colorés et surtout les divers effets optiques possibles... » ( >Cliquez ici) On reconnaîtra ici un des effets de l’égalité jour-nuit caractérisant le Bélier et qui incite à accentuer les contrastes et à accroître les oppositions. Vasarely utilisera dans toute son œuvre ce double balancier jour-nuit aux mouvements antagonistes. ( >Cliquez ici) ( >Cliquez ici)
    Certaines oeuvres comme Zèbres (de 1934) et surtout Catch (de 1945) que voici ( >Cliquez ici), peuvent être considérées comme des illustrations presque parfaites du sens de contraires ou « choc des contraires » Bélier. J’aime à voir dans cette dernière compositions de 1945, le combat du Jour contre la Nuit. Le Jour comme vous pouvez le voir semble même sur le point de gagner l’affrontement... ce qui se produit réellement à partir du 21 mars lorsque le Soleil entre dans le Signe du Bélier.( >Cliquez ici)

    En accord avec la quarte zodiacale de l’énergie (Bélier, Taureau, Gémeaux) le cinétisme de Vasarely (5 planètes dans les signes des Bélier, Gémeaux) puise sa source dans l’utilisation ingénieuse du noir et du blanc et des contraires qui peu à peu vont d’ailleurs s’emboîter pour aboutir à des compositions telles que Taymir (1958) ou Eridan-III (1956) ( >Cliquez ici)

    De l’avis des spécialistes, ces compositions reposent « sur la combinaison de deux éléments géométriques s’emboîtant l’un dans l’autre... L’ensemble de ces unités plastiques binaires, puisque se présentant sous le double aspect biforme et bicolore, constitue l’alphabet dont Vasarely va désormais se servir ». Alphabet bipolaire qui pourrait par conséquent témoigner d’un alphabet universel dont les phases caractéristiques du cycle zodiacal pourraient être les unités sémantiques. Et quoi de plus naturelle, pour un Bélier, de privilégier l’unité sémantique « Sens des contraires » dans l’écriture de son œuvre.( >Cliquez ici)

    Les compositions de Vasarely marquées, comme nous venons de le voir, par le choc des contraires auront également ici et là (Eridan-III) la tentation du sens des ensembles Gémeaux (le Signe des Gémeaux est occupé par les 3 planètes Vénus, Mars et Pluton). Sens des ensemble qui consiste à gérer une totalité formée de parties composites. Jean-Pierre NICOLA aime à utiliser la métaphore de l’habit d’Arlequin composé de losanges colorés et cousus pour faire un seul costume, pour exprimer le problème des Gémeaux qui est de grouper et souder une totalité sans sacrifier l’originalité des éléments qui le compose. Mais chez Vaserely, la totalité n’écrase ou ne délie jamais ce sens des contraires qui non résolu maintient une tension qui permet à l’artiste de créer des effets optiques ou cinétiques d’une grande puissance.
     
     ESCHER
    Un autre artiste, dessinateur et graveur cette fois, témoigne à merveille du sens des ensembles Gémeaux ( >Cliquez ici). Escher M. C. est né le 16 juin 1898 à Leuuwarden (Pays-Bas) avec un amas de 4 planètes en Gémeaux (7 au total en signes solsticiaux). Tel l’habit d’Arlequin, les compositions d’Escher réunissent non pas des losanges colorés et cousus mais toutes sortes de figures (anges, démons, objets) qui s’imbriquent les unes dans les autres pour former des ensembles étranges, presque écrasants.( >Cliquez ici)

    Dans ces compostions appelées « remplissage irrégulier de surface » l’auteur souligne « qu’elles n’ont pu être composées qu’après des années d’entraînement de remplissage régulier de la surface ». Préoccupation ma foi bien Gémeaux que celle de remplir des surfaces par ajout successifs ou amalgame de nouveaux éléments aux formes variées. Ne perdons pas de vue la dynamique naturelle du Signe des Gémeaux où le jour toujours en croissance est sur le point d’atteindre sa durée maximale. Les synthèses Gémeaux se caractérisent donc par leur dynamique d’ouverture, la totalité embrassant toujours plus, assemblant amis et ennemis, chiens et chats, pour et contre. Et lorsque la synthèse atteint son comble la dispersion ou l’éclatement ne sont pas loin.
    Dans la Condition Solaire (Jean-Pierre NICOLA, 1964) nous pouvons lire très justement à ce propos : « La dispersion des Gémeaux a pour unité un mouvement créateur de métamorphoses : mouvement semblable à l’onde d’excitation qui dégèle les stéréotypies et les inductions tenaces. Mais cette unité n’a pas de centre stable, le Moi est en expansion, éparpillé comme une brassée de moineaux et volatilisant les formes qu’il voudrait fixer ». Je n’ai pas trouvé, on pouvait s’en douter, de moineaux dans l’œuvre d’Escher mais des dragons, volatiles divers et autres animaux aquatiques et terrestres qui s’assemblent en métamorphoses étonnantes tels que le montrent ces gravures. ( >Cliquez ici)

    Nous avons là une belle illustration du sens des ensembles allié à la vitesse d’excitation qui caractérisent en conditionalisme le type Gémeaux pour lequel « Les liaisons conditionnelles se font et se défont, les rapports entre signaux disparates s’établissent sans difficulté et ne résistent guère aux opportunités pour se défaire. »

    Je finirai enfin en illustrant un autre aspect des Gémeaux déjà entrevue qui est la perte ou la détérioration du sens des contraire au profit du sens des ensembles. Ce qui peut aboutir lorsqu’on traite de l’espace à des paradoxes topologiques qu’illustrent parfaitement le Ruban de Moebius. ( >Cliquez ici)

    Dans cette illustration, les fourmis rouges avancent l’une derrière l’autre en parcourant un anneau dont les faces externes et internes ne sont en fait qu’une seule et même surface.

    Autre illustration (Montée et descente, lithographie, 1960) qui met en scène deux files de personnages montant et descendant respectivement un escalier sans fin. C’est-à-dire un escalier qui ne descend ni ne monte en réalité. ( >Cliquez ici)
     
     KANDINSKY
    Autre artiste peintre de sensibilité musicale, pionnier de la peinture moderne, ( >Cliquez ici) Kandinsky Vassily est né à Moscou le 5 décembre 1866. Natif du Sagittaire, il est donc né au moment de l’année où la nuit est sur le point d’atteindre sa durée maximale ( >Cliquez ici). Selon les définitions conditionalistes le Signe du Sagittaire est marqué par « l’apothéose et l’emprise de la non présence gouvernant l’invisible, l’au-delà, l’abstrait, les données socioculturelles plutôt que les pulsions fondamentales des êtres terrestres ». On pourra donc s’attendre à trouver dans l’œuvre de Kandinsky la trace ou l’indice de cette dynamique zodiacale.

    Certains d’entre vous le savent déjà, dans la logique naturelle du zodiaque photopériodique, les arcs diurnes synonymes de présence (le jour pour le Soleil) et les arcs nocturnes synonymes d’absence (la nuit pour ce même Soleil) agissent comme des stimulateurs de l’activité neurophysiologique en déclenchant des réponses adaptées ou inadaptées selon les moyens du bord. Parce que Zodiaque externe (celui du signal photopériodique) et zodiaque interne (celui des réponses neurophysiologiques) ont en commun une même structure rythmique, il doit être possible de déduire du premier les réponses probables du second. C’est pourquoi, et pour schématiser, le jour-présence est en affinité avec une sensibilité au visible, au tangible et au manifeste, tandis que la nuit-absence est en affinité avec une sensibilité à l’invisible, à l’intangible et à l’abstrait.

    Est-ce donc par le plus pur des hasards qu’il revient à Kandinsky d’avoir affranchi au début des années 10 la peinture de la figuration ( >Cliquez ici), c’est-à-dire de toute référence aux objets visibles, au réel tangible et manifeste de la peinture classique ? Suffit-il d’être natif du Sagittaire pour accomplir d’une façon aussi claire et manifeste une telle révolution ? A mon avis, d’autres facteurs, d’autres conditionnements (familiaux, socioculturels, historique, etc.) devaient être présents pour que ce Sagittaire pût vivre et exprimer à un haut niveau la formule zodiacale de son signe.

    Kandinsky, plus que tout autre artiste de son époque et de son temps, était animé par un idéalisme forcené, presque absolu, un idéalisme tout tendu vers la spiritualité. Que témoigne plus particulièrement son œuvre écrite, Du spirituel dans l’Art, qui comporte ici et là des accents théosophiques. Selon Ramon Tio Bellido, auteur d’une monographie du peintre aux éditions Hazan (1987), « La thèse centrale de l’ouvrage revendique une thématique spirituelle, libre et universelle, comme seule source d’inspiration de l’artiste, qui doit déboucher sur un ‘antimatérialisme’ (ou un ‘immatérialisme’) commun à tous... ».

    Idéalisme, spiritualité, universalisme sont les maîtres mots du Sagittaire de haut vol. Notions à mettre en rapport avec le sens des ensembles qui, sous ce Signe, prend la couleur de la nuit, une nuit qui vole vert son maxima, à l’image d’une flèche lancée vers un but lointain, fédérateur, un idéal de l’art capable de sublimer les pulsions instinctives et animales de l’Homme. ( >Cliquez ici)

    L’imagerie zodiacale traditionnelle qui représente le Sagittaire sous les traits d’un centaure mi-homme mi-cheval tendant son arc vers le ciel ne s’y est pas trompé elle aussi. Les extrêmes, le proche et le lointain, le cheval et l’étoile, le terrestre et le céleste, l’instinct et le sublime, sont réunis par le sens hautement associatif de l’esprit humain. Associativité qui en Sagittaire atteint sa puissance maximale selon les définitions conditionalistes.

    Kandinsky, connaissait-il l’astrologie ? Je n’ai pas trouver dans son œuvre d’allusions directes qui pourraient nous le laisser croire. En revanche, la thématique du cavalier, autre image du Sagittaire, est omniprésente dans son œuvre : dans « Le parc de Saint-Cloud au cavalier » (1908), dans « La montagne Bleue » (1908) ( >Cliquez ici), dans diverses « Improvisations » ( >Cliquez ici) ( >Cliquez ici), dans « Lyrique » (1911), etc. Thématique également présente dans le groupe d’artistes allemands réunit par Kandinsky, sous la bannière symbolique du « Blaue Reiter » (traduction : le Cavalier Bleu) dont voici un projet d’illustration pour la couverture du catalogue édité par ce groupe d’artistes. ( >Cliquez ici)
     
     Conclusion
    Arrivé au terme de notre balade, il est force de constater que l’approche zodiacale est riche pour éclairer de façon non orthodoxe l’œuvre, la vie d’un artiste. Je me suis borné dans cette communication à un petit tour d’horizon du côté de la peinture. Si le temps n’était pas un obstacle, d’autres peintres auraient mérité qu’on s’y attarde un peu, ne serait-ce que les grands pionniers de l’Art moderne qui ont ouvert la voie à l’art abstrait : Paul Cézanne (Capricorne), Pablo Picasso (Scorpion), Henri Matisse (autre Capricorne), Fernand Léger (Verseau), Paul Klee (autre Sagittaire). Tous, vous l’aurez peut-être remarqué, sont nés sous la domination de la non-présence (nuits ou arcs nocturnes dominants) qui sensibilise comme nous l’avons vu à l’invisible, à l’intangible et à l’abstrait. Est-ce là encore un pur effet du hasard ou la manifestation de conditionnements invisibles dont l’art serait le terrain privilégié. Ce qui nous permettrait de mieux comprendre cette phrase lancinante oubliée un instant : « L’art ne montre pas le visible mais rend visible l'invisible ».